Je suis childfree et je le vis très bien

Publié le par Serial Reader

Je suis childfree et je le vis très bien

Etre childfree de nos jours, c'est parfois le parcours du combattant. Mais avant de continuer plus loin, il est nécessaire de passer par quelques définitions pour bien saisir toutes les nuances et subtilités de la chose. La notion de "childfree" peut être traduite en français par "sans enfant pas choix". Mais comme bien souvent, certains concepts ne peuvent être traduits sous peine de perdre de leur substance au passage. Nous garderons donc le terme anglophone dans toute la chronique que voici. C'est d'ailleurs ce terme qui est le plus usité.

Les childfree ne doivent pas être confondus avec les childless car contrairement à ces derniers, les childfree n'ont aucun problème de capacité reproductive. Il s'agit du choix délibéré de ne pas concevoir, ce qui les différencie de ceux qui ne peuvent pas, bien qu'ils le souhaiteraient.

Maintenant que ce point de sémantique est réglé, il n'y a pas lieu à débattre plus longuement étant dans un pays libre, chacun faisant ce qu'il veut et ses propres choix, me direz-vous. Grossière erreur ! Bien au contraire, le choix des childfree est constamment sujet à polémique à tel point que cela peut devenir une souffrance.

Dans une discussion, lorsque le sujet des enfants arrive sur le tapis et qu'un childfree fait part de son choix de ne pas en avoir, les critiques fusent quasiment à chaque fois et ce sont toujours les mêmes réactions : gros yeux, exclamations scandalisées. Puis viennent les habituelles phrases toutes faites vantant à quel point c'est merveilleux d'avoir des enfants et que ceux qui n'en veulent pas sont des monstres d'égoïsme qui finiront par changer d'avis de toute façon. Vous voilà donc taxé d'égoïste, d'immature et de sans-coeur juste parce que vous avez exprimé votre opinion sur le sujet.

Mais passons du côté des childfree un moment, voulez-vous ? Tout d'abord, un childfree n'est pas anormal. Il ou elle ne souffre d'aucune anomalie psychologique ou physique. C'est simplement quelqu'un qui ne souhaite pas avoir d'enfant, qui n'en éprouve pas le désir et qui est tout-à-fait épanoui ainsi. Il n'y a pas forcément d'explication à cela, c'est juste un sentiment, souvent transformé en certitude. Après, des raisons, on peut toujours en trouver comme pour tout. C'est un peu la marotte des psychologues d'en trouver. Beaucoup avancent le coup classique et réponse à tout du traumatisme pendant l'enfance, du refus de reproduire certains schémas parentaux comme une mère trop possessive ou la peur de s'attacher trop émotionnellement à l'enfant. Autant de justifications psy à deux balles. En dehors du fait qu'il est vraiment pénible de voir les psy s'exciter à expliquer scientifiquement le non désir d'enfants des childfree, les raisons trouvées sont franchement ridicules, à croire qu'elles proviennent des tests psy des magazines féminins à la con plutôt que d'années d'études en psychologie. La plupart des childfree ne se reconnaissent pas dans les schémas psy précités. Et je parle en connaissance de cause ! Je n'ai pas eu de traumatisme dans mon enfance et quant à la peur de l'attachement envers l'enfant, je dirais que ce qui me motive est tout le contraire. Le problème serait plutôt de l'aimer car l'instinct maternel n'est rien d'autre qu'une grosse invention marketing. Chez l'humain, il ne s'agit pas d'un instinct qui, par définition, est inné, mais d'un apprentissage. Donc, compter sur l'apparition d'un instinct maternel pendant ou après la grossesse est purement illusoire.

Le plus intéressant et sûrement le plus agaçant, reste la confrontation inévitable entre un childfree et une mère ou un père mais surtout une mère car ce sont elles qui sont en général les plus formatées et les plus pénibles. Heureusement, elles sont tellement prévisibles qu'il est facile de contrer tous leurs arguments visant à vous faire rentrer dans le moule et à vous transformer en mère ou père épanoui(e) au milieu des couches-culottes.

Voilà, le moule, on a mis le doigt dessus. Qu'est-ce que ce culte du bébé à tout prix si ce n'est du conformisme, accentué par une politique nataliste ? Avoir des enfants serait donc la norme, la finalité de toute existence et ceux qui n'en veulent pas, des anomalies du système ? Pourquoi les émissions de télé-réalité sur l'accouchement et la grossesse grouillent autant à la télévision alors qu'il n'y a jamais rien sur les childfree ? Et soit-dit en passant, je trouve ces programmes écœurants et franchement pas glamour contrairement à ce qu'on essaye de nous faire gober. Si on veut trouver une autre vision de la grossesse et de la parentalité, c'est sur Internet qu'il faut aller et il faut parfois bien chercher. Mais malgré le matraquage du culte de la maternité dont on nous inonde, la parole commence à se libérer et les childfree osent s'exprimer à voix haute et revendiquer leur style de vie. Et surtout, commencent à émerger des témoignages de parents qui avouent regretter leur choix d'avoir eu des enfants. Imaginez le tabou ! On peut se rendre compte qu'il y a là une véritable souffrance décuplée par un sentiment de culpabilité dont la source est précisément le battage fait autour des joies supposées de la parentalité mais surtout de la maternité car sexisme oblige, il est considéré comme non répréhensible qu'un homme ne veuille pas d'enfant mais impensable pour une femme qui forcément, génétiquement, ne vit que pour la maternité. Il sera donc un peu plus facile pour un homme de faire accepter son choix d'être childfree que pour une femme.

On pourrait épiloguer encore longuement sur la question en général mais je vais plutôt conclure cet article par vous faire partager mon sentiment personnel. Je suis childfree et je le vis très bien. Je l'assume. Je ne me sens ni anormale, ni spéciale, c'est juste que je ne souhaite pas avoir d'enfant, je n'en ai jamais voulu. Quand je me projette dans l'avenir, il n'y a pas d'enfant. Et ça ne me rebute pas, bien au contraire. Je pense que je ne suis pas faite pour la maternité. Ce n'est pas parce qu'on est une femme qu'on fera forcément une bonne mère. Croire cela relève de la bêtise et du sexisme. Si je ne veux pas d'enfant, pourquoi me convaincre d'en faire ? Pour faire comme tout le monde ? Parce que ça me changera la vie ? Oui, ça me la changera. Mais pas dans le bon sens. Un enfant coûte énormément, que ce soit en énergie, en argent ou en temps. Il faut en avoir conscience, surtout en période de crise comme maintenant. Etre parent représente un sacrifice énorme, encore plus pour les femmes car malgré ce que l'on veut faire croire, même avec un compagnon ou un mari moderne, le sacrifice reposera toujours en plus grande partie sur les femmes. Immanquablement, leur carrière en souffrira, d'une manière ou d'une autre. Combiner parfaitement vie professionnelle et vie familiale est un mythe. Lorsqu'on a fait de longues études et qu'on a galéré avant de décrocher le job de ses rêves, on n'a pas envie de sacrifier tout cela. Certains vont crier à l'égoïsme, je n'en doute pas. Mais honnêtement, je m'en fiche complètement. Dans presque toutes les sociétés, les femmes ont toujours été éduquées à faire des sacrifices. Elles doivent prendre soin d'un compagnon ou d'un mari, s'occuper des enfants, tenir un foyer (si, si, c'est toujours d'actualité, la balance de la répartition des tâches ménagères penche toujours nettement plus du côté de la femme que de l'homme). Personnellement, je refuse de passer le reste de ma vie à jouer à bobonne à la maison, qui après le boulot, doit penser à faire les courses, la lessive, le repassage, chercher les gosses à l'école sans le moindre temps libre, sans le moindre loisir. Ne pas avoir d'enfant est une liberté énorme. On peut choisir de ne pas faire les courses, ni la lessive, ni le repassage. On peut choisir de sortir sur un coup de tête, d'aller en vacances à n'importe quel moment sans se référer aux vacances scolaires, les possibilités sont presque infinies ! Là encore, certains crieront à l'égoïsme. Et alors ? On a qu'une vie après tout, en quoi cela est-il mal de la vivre pleinement, sans entrave ? Ne serait-ce pas plutôt de l'envie ? L'expression d'un regret d'une vie définitivement révolue ?

Lorsqu'on me dit qu'un enfant embellit la vie, je suis sceptique. Certes, il doit y avoir de bons moments, mais quand je regarde autour de moi les parents débordés par des enfants braillards et turbulents, j'ai du mal à le croire. Si c'est tellement gratifiant d'être parent, pourquoi y a-t-il autant d'enfants maltraités ? C'est comme le phénomène des bébés secoués. Ce n'est pas étonnant de péter un câble quand son gamin hurle non stop, que vous ne dormez plus de la nuit. Non vraiment, c'est une expérience qui ne me tente pas, comme la grossesse. S'il y a bien une chose qui me rebute plus que tout, c'est bien cela. Là encore, on nous vante l'expérience comme étant la chose la plus magnifique qui soit, de sentir la vie pousser en soi etc. Mais on ne parle pas du corps qui se déforme, des vergetures, des kilos en plus, des gens qui vous tripotent le ventre comme s'il ne vous appartenait plus. La femme enceinte n'existe plus pour elle-même, elle est définie par rapport à son bébé, tout comme la mère par rapport à ses enfants. Et qu'en est-il de l'accouchement ? Une séance de torture que la femme doit endurer seule, dans une position tout sauf digne, que certains osent filmer au caméscope. Sans compter tous les risques qui y sont liés : embolie pulmonaire, rupture d'anévrisme et même parfois la mort ! Quelles charmantes perspectives !

Non, la maternité ce n'est pas pour moi. La vie comme je l'envisage et la carrière que j'ai choisie ne me le permettent pas. Je ne suis pas égoïste, j'ai simplement conscience de ce que cela coûte que d'avoir des enfants, contrairement à certains parents qui le découvrent bien après. Et je pense aussi à la surpopulation planétaire. Nous sommes 7 milliards sur Terre. Soit 6 milliards de trop au vu des ressources de la planète. Alors finalement, qui est l'égoïste ? Celui/celle qui fait des enfants ou celui/celle qui n'en fait pas ? L'égoïste, ce ne serait pas plutôt celui/celle qui fait des enfants et qui se place au-dessus de ceux qui n'en font pas, en distribuant ses jugements de valeurs du haut de sa pile de couches-culottes ? Les childfree respectent le choix de ceux qui ont des enfants, ils attendent donc le même respect en retour. Ce qui n'est pas encore gagné.

Publié dans Lifestyle

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Elodie 10/06/2017 10:10

Bonjour,
Voici une pétition pour la tolérance envers les childfree.
Parents et non parents peuvent signer. Respectons nous tous.
https://www.change.org/p/emmanuel-macron-cr%C3%A9er-un-jour-pour-les-childfree-dans-le-calendrier-pour-une-meilleure-tol%C3%A9rance

Funnygirl 20/08/2015 10:11

Bonjour, voilà un témoignage intéressant bien qu'il ne me corresponde pas. Je m'occupe d'enfants, je les connais et je les aime. Pourtant je n'en ai pas et là c'est incompréhensible pour les "autres". Quand je pense à ce que j'ai envie de faire pour mon avenir, il y a des voyages, des changements de carrière, des surprises diverses et la liberté ! Ah le vilain mot ! ^^ Il est impossible d'éviter une forme de pression sociale, la même qui veut vous vendre le lotissement et le chien d'ailleurs. J'aimerais trouver un site childfree, même anglophone qui ressemble à un choix de liberté et non à un dégoût des momes et des parents. Vous en connaissez peut-être ?

Je suis Childfree, mais aussi normal! 21/07/2015 05:43

WOW! J'ai tout lu et ce témoignage représente bien la vie d'un ou une Childfree. Malheureusement et ironiquement, c'est en refusant d'avoir des enfants (''avoir des enfants n'est même pas un vrai terme, les enfants ne sont pas la propriété de leur parents) pour vivre sans contraintes qu'on est contraint(e)s à la pression sociale de la société et des médias. Chapeau! :)

Serial Reader 21/07/2015 08:25

Merci pour votre commentaire ! Effectivement c'est tout à fait cela. Depuis quelques temps, j'ai arrêté de me justifier sur mon choix, je vis selon mes convictions et je garde cela pour moi. Et si on m'interroge, je dis la vérité mais je ne développe pas plus si la personne en face n'est pas fichue de comprendre. Je me suis rendue compte qu'en faisant cela, c'était un réel gain de temps. Du coup, je ne participe plus aux débats qu'il peut y avoir sur la question, d'ailleurs il ne devrait même pas en avoir parce que cela signifie qu'il y a une anomalie à discuter.

Arcana 22/08/2013 14:42

Comme d'habitude avec ce genre d'article engagé... il ne dépeint qu'une seule manière de voir la vie... lorsqu'on arrive à la fin de l'article, les rôles sont inversés, ceux qui veulent des enfants sont des gens qui n'ont plus de vie, sont malheureux, fatigués, etc. peut-être n'est-ce pas ce qui a voulu être dit, mais c'est là la pensée générale qu'on en ressort après lecture: "childfree, en fait, c'est bien, parent, c'est nul, POINT"... Qu'on lise un article pour ou contre les childfree, on n'a jamais de juste milieu, c'est toujours l'un est noir sans la moindre qualité, l'autre est blanc comme neige, sans le moindre défaut.
Est-il à rappeller que lors d'une prose ayant pour but la dissertation, il est de bon ton de trouver, certes, des arguments, mais aussi des contres-arguments, qui viendront étayer les 1ers. Ici on a juste l'impression d'entendre un childfree "prêcher pour son église" (rien à voir avec la religion, c'est l'expression qui veut ca)... tout le monde est d'accord tout simplement car tout le monde était déjà d'accord à la base, il n'y a là aucune réflexion, aucun débat possible, aucun moyen de peser le pour et le contre, vu qu'il n'y a aucun moyen de peser...
ce genre de prose n'est en fait que ce que l'on pourrait appeller de la (excusez le langage) "masturbation intellectuelle": elle a pour but d'écrire un gros pavé, qui sera lu par des gens curieux, et dont les détracteurs vont simplement oblitérer de leur mémoire en "laissant pisser", et dont les partisants vont acquiesser d'une seule voix... l'art de se faire mousser en quelque sorte ;-)
Où je me situe? j'en ai rien à f.... ... ceux qui veulent etre parent ont fait leur choix, ceux qui ne le veulent pas, idem. tant que mon propre choix m'appartient, et qu'on ne vienne pas me dire ni qu'il est parfait ni qu'il est purement mauvais sans une once de qualité...

Ah, et un dernier mot pour la fin, avec une petite paraphrase:
"(...)qui finiront par changer d'avis de toute façon. Vous voilà donc taxé d'égoïste, d'immature (...)" --> ce n'est pas parce qu'on change ou que l'on PEUT changer d'avis dans le futur que l'on est immature (enfin, pas dans le sens péjoratif du moins... dans le sens strict, un humain sera immature jusque sa mort... il est perpétuellement amené à changer)

Serial Reader 05/09/2013 16:32

Je me demande si vous avez vraiment tout lu jusqu'au bout car il semblerait que vous n'avez rien compris à cet article. Je l'ai écrit un peu comme on écrit son journal et non pas comme une dissertation, je ne cherche à convaincre personne. J'y exprime mon sentiment, ma façon d'envisager ma vie, je ne condamne pas ceux qui veulent des enfants, je ne les traite pas non plus d'imbéciles. Ce que je condamne c'est qu'on méprise cordialement les gens qui ont décidé de ne pas en avoir, ce sont ces personnes intolérantes que je vise. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais chercher des arguments de la thèse adverse que je ne partage pas.

Quant à la phrase que vous citez, je vous invite à la relire sans la découper et la recoller au petit bonheur la chance car vous ne l'avez pas du tout comprise. L'immaturité que j'invoque n'a rien à voir avec un changement d'avis - elle figure d'ailleurs dans une nouvelle phrase - mais c'est une réflexion qui est souvent faite à un childfree ("Tu ne veux pas d'enfant car tu ne pense qu'à t'amuser et profiter la vie. Tu n'as aucun sens des responsabilités.").

Mais puisque vous semblez si friand(e) de contre-arguments, en voici un : vous invoquez la dissertation - ce qui n'était pas du tout mon objectif comme précisé plus haut - et qualifiez l'article de "masturbation intellectuelle". Voilà un joli paradoxe ! En effet, qu'est-ce que la dissertation, qu'on ne retrouve que dans l'univers académique, si ce n'est de la masturbation intellectuelle par excellence ? Qu'est-ce d'autre que le moyen d'éviter de prendre clairement position en veillant à un strict équilibre entre arguments et contre-arguments ? Vous pouvez ne pas être d'accord avec un article, mais avant de tenter de le démolir, veillez à la cohérence de votre argumentation.

Bien cordialement. ;-)

Sophie 22/08/2013 13:25

J'ai créé mon blog "Une vie childfree" début de semaine car c'est aussi un sujet qui me tient fort à coeur et que je tiens à défendre.
Ton article est excellent, je le mets en lien su rmon blog!
Que ça me fait du bien de te lire! Vraiment, ça fait du bien que les childfree osent s'exprimer, prendre la parole et défendre un mode de vie qui est tout aussi valable, selon moi.

Au plaisir de te lire!

Serial Reader 05/09/2013 12:02

Merci Sophie ! N'hésite pas à partager le lien de ton blog, ça m'intéresserait de lire le point de vue d'autres childfree sur la question.